Eric Jourdan

 

L’œil architectural.
Éric Jourdan n’est pas devenu designer par hasard… C’était son souhait, sa destinée.  Créateur de signalétiques, d’objets, mais surtout de mobilier, il aime les matériaux simples comme le bois, invente des meubles épurés aux formes arrondies, mais aussi des pièces architecturales aux fonctions multiples. Réalisations pour le VIA, éditions chez Écart International, Domeau & Pérès, Cinna ou encore Ligne Roset, etc. Rencontre avec un designer parisien de 50 ans qui suit sa trajectoire, loin des modes ou du star-system.
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Quels projets ont lancé votre carrière de designer ?
J’ai commencé à travailler avec la galerie Néotu en 1988 pendant ma dernière année passée à l’École des Arts décoratifs de Paris, école que j’avais intégrée après les Beaux-Arts de Saint-Étienne. En même temps, j’ai décroché un projet avec la fondation Cartier qui était alors à Jouy-en-Josas près de Paris. J’ai réalisé tout le mobilier du parc, puis la signalétique.

Avant de  créer votre propre entreprise, avec quels designers avez-vous travaillé ?
Personne ! Après mes études, je me suis directement installé et les projets se sont enchaînés ! J’ai commencé par répondre à des commandes publiques de mobilier pour le ministère de la Culture. Au début des années 90, tout en restant indépendant, j’ai collaboré huit mois avec Philippe Starck au sein du Tim Thom. Avec d’autres designers, dont Matali Crasset, nous dessinions des modèles pour Thomson Multimédia (télévisions, radios, etc.), sous la direction artistique de Philippe Starck.

Une expérience intéressante ?
Vraiment très enrichissante, j’ai beaucoup appris. Philippe Starck est quelqu’un d’excessivement intelligent, rapide et visionnaire. Et la découverte de l’industrie m’a beaucoup intéressé. C’était très différent. Cela n’avait rien à voir avec mes conceptions de meubles pour des galeries.

Vous continuez à exposer dans des galeries ?
En janvier prochain, à la galerie Gosserez à Paris, je présenterai des céramiques et des petits meubles assez sophistiqués, au niveau des formes notamment. Avec des creux, des pleins, des parties métalliques, du bois, de la couleur… La multifonctionnalité des meubles m’intéresse. Je l’avais déjà appliquée pour mes créations de meubles Traversant en 2000 pour la galerie Gilles Peyroulet. Il s’agissait de meubles autorisant la séparation d’espaces et sur lesquels on pouvait greffer des étagères, un bureau, une table… Cette multifonctionnalité enrichissait le meuble, le rendait plus attrayant, plus vivant, moins inerte. Permettre à des meubles d’avoir plusieurs fonctions simples, c’est peut-être aussi ça le mobilier contemporain… J’aime jouer avec cela ! J’aime aussi l’idée de pouvoir tourner autour d’un meuble…

C’est un axe important de votre réflexion ?
Oui ! Quand je dessine un meuble, je commence souvent par l’arrière. Le dessin est par ailleurs primordial dans mon travail. J’en ai besoin pour m’exprimer. Je crée un meuble comme une construction. Comme s’il s’agissait d’un petit bâtiment. Je suis passionné par l’architecture. Les volumes, les ouvertures… Cela m’inspire énormément. Les personnes qui m’influencent le plus ne sont pas des designers, mais des architectes, comme Le Corbusier ou Herzog & de Meuron… Si je passe un moment dans un bâtiment Le Corbusier, je sais que cela se ressentira dans mon travail. Et mon papa était architecte… D’où une culture plus architecturale que design…

Vous collaborez depuis dix ans avec Ligne Roset et Cinna. Pouvez-vous nous parler de vos réalisations pour ces éditeurs ?
J’ai imaginé de nombreuses collections avec eux, dont les sièges Harry en 2010 pour Cinna, des fauteuils capitonnés au style assez anglais, ou encore les meubles Hyannis Port en 2003 pour Ligne Roset, qui ont été des succès commerciaux. Cette année pour Cinna, j’ai inauguré la collection Dino, un peu dans le même esprit, avec des meubles aux formes arrondies, un peu douces, du bois naturel, du laqué, des pieds en acier… Notamment un bahut avec des couleurs et des niveaux différents. Une extension de cette collection (bibliothèque, commodes, bureau, etc.) sortira à Maison & Objet en janvier. Au salon, je présenterai aussi pour Cinna des céramiques aux allures de grands vases, avec de la couleur, une partie émaillée et une partie brute.

Vous avez également commencé à travailler avec Pyram, un fabricant de salles de bains… En quoi consiste ce projet ?
Avec Pyram, je vais sortir cinq gammes de salles de bains qui seront montrées à Idéobain l’an prochain. Cela m’a passionné, car c’est un secteur que je ne connaissais pas. Les collections seront formées de meubles un peu déconstruits, avec des arrondis, de la couleur, du bois massif, du laqué… Elles seront simples, mais architecturées.

Quels autres domaines aimeriez-vous explorer ?
Beaucoup de choses m’intéresseraient en fait… De l’industrie de l’électroménager au domaine de l’automobile… Les voitures sont tellement laides, elles se ressemblent toutes ! J’ai toujours eu envie de dessiner une voiture ! L’aménagement d’espaces est quelque chose que j’aimerais également développer. En 2008, j’ai été lauréat du concours Première Vision. J’ai entièrement repensé la scénographie de ce salon avec Francesca Avossa, en concevant des boîtes blanches translucides en Corian® pour valoriser les textiles, avec des références à la mode et à l’architecture. Car l’autre idée était de construire des stands hauts et bas, comme les bâtiments d’une ville. 90 000 m2 à aménager… C’était une très belle aventure !

Retrouvez l’article dans le magazine Artravel #42.

www.ericjourdan.fr

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