Jeremy Scott |
Les ailes du désir.
Mélange de fragilité et d’exubérance, de candeur et d’excentricité, l’espiègle Jeremy Scott donne naissance, en marge de ses propres collections, à des gammes de produits exclusives pour Adidas, Swatch ou Longchamp. Et recycle à sa sauce, ces icônes classiques de la culture populaire dans un style pop et baroque, à base de flammes, d’imprimés camoufl ages, d’ailes d’ange et de têtes d’ours en peluche.



Quels sont les principaux enjeux de ces collaborations? La problématique est-elle de garder intact l’ADN de la marque, tout en y apportant ta patte ?
Exactement. Je travaille avec des marques qui ont déjà une histoire. Ce qui est génial, c’est de composer, de réutiliser, de réinterpréter voire de détourner les symboles, l’iconographie de ces marques comme le logo et les trois bandes chez Adidas. C’est assez naturel chez moi, mais cela l’est tout autant pour eux, simplement parce que j’aime et je respecte la marque. Je la connais et j’en comprends les codes. Et cela me permet d’amener les choses aussi loin. C’est miraculeux que des univers aussi différents puissent se rencontrer et que cela marche. Mais je ne réfléchis pas trop. C’est en moi. Personne ne me dit ce que je dois faire, quelle direction je dois prendre, je jouis d’une liberté totale pour travailler. Parfois, on me dit qu’un nouveau modèle existe et que je peux l’utiliser, mais c’est tout.
Quelle sont tes principales source d’inspiration ?
Tellement de choses différentes. L’inspiration me trouve, plus que je ne la cherche. Parfois, une simple discussion, les actualités, aucune source en particulier. Lorsque je crée, j’imagine d’abord ce que j’aimerais porter. Puis, je pense à ce que mes amis aimeraient que je crée pour eux. Je regarde beaucoup les gens autour de moi, ceux avec lesquels qui je travaille ou simplement qui aiment mon travail. J’essaie d’imaginer comment je pourrais les habiller.
Travailler avec des marques aussi populaires, est-ce un moyen pour toi de rendre tes créations plus accessibles au grand public ?
C’est la raison pour laquelle j’accepte ce genre de collaboration. Tout ce que je crée reflète ma personnalité, ce sont mes collections, Je suis un créateur populaire. Le but de ma vie, c’est de toucher les gens. Créer quelque chose d’unique pour ne le montrer que sur un podium, dans la presse ou porter par une célébrité, je l’accepte, mais je trouve ça un peu triste. En tant que couturier, ce devrait être notre job de faire des vêtements pour que les gens les portent. J’aime l’idée que mes créations descendent dans la rue. Cela devrait même être un but. Ce qui me choque, c’est que certains designers l’ont oublié. Je veux que mes vêtements aient une vie, que les gens en aient un souvenir, qu’ils fassent la fête et s’amusent avec, qu’ils se prennent en photo et se postent sur Facebook pour avec leur potes ou se souviennent que c’est ainsi qu’ils ont rencontré leur petite amie. Je souhaite qu’ils leur donnent, comme moi, une valeur sentimentale. C’est la raison pour laquelle j’ai eu des fringues toute ma vie, et que je me souviens de ce que je portais le jour de mon premier baiser.
Retrouvez l’article dans le magazine Artravel #43.