Tom Dixon |
Here’s Tom Dixon!
Pour qui connaît la biographie de l’enfant terrible du design anglais, la référence aux Sex Pistols n’est ni fortuite, ni apocryphe, tant on pourrait analyser l’irrésistible ascension de Tom Dixon, à travers le prisme des fondements du mouvement qui bouleversa l’Angleterre des années 80.




Au Salone Internazionale del Mobile de Milan, vous avez initié MOST avec le concours d’Ambra Medda et de Martina Mondadori. Quels étaient les enjeux et les objectifs de cet événement ?
Tom Dixon : Le point de départ, c’était tout d’abord d’utiliser, pour la toute première fois, ce lieu exceptionnel qu’est le Musée des sciences et des technologies, un des secrets les mieux gardés de Milan. C’est pourquoi le nom de l’exposition MOST est un acronyme, mais on a surtout pensé que l’évènement le plus important du monde en matière de design avait besoin d’un nouvel épicentre, d’un espace destiné à la fois à la contemplation calme et à l’énergie chaotique, une plate-forme unique pour l’échange de grandes idées où l’on pourrait démontrer la démocratisation en marche et l’innovation technologie dans le design, mais aussi dans l’art, la gastronomie, la mode, l’industrie ou la communication.
Comme à Milan, puis à la Design Week de New York, où vous avez lancé un web store online avec Fab.com et un pop-up en marge de la London Underground exhibition, vous avez pris l’habitude de bousculer les codes d’exposition de ces grand-messes design. Pourquoi ?
L’idée n’est pas – forcément – de remettre en cause pour le faire voler en éclats, tel ou tel modèle de représentation, mais de proposer une autre vision qui mette la création plus en cohérence et en perspective de l’Histoire, en faisant cohabiter l’hélicoptère en bois de Léonard de Vinci avec un sous-marin dans un monastère du XVI siècle…
Comme lorsque vous questionnez le processus même de fabrication, en montrant les machines qui produisent les objets manufacturés ?
Oui. Le public, mais aussi certains professionnels ont perdu le contact avec la manière dont les objets sont produits. Montrer la manière dont les chaises notamment sont réalisées puis assemblées en temps réel devant les visiteurs, prouve aussi que les choses peuvent être faites différente, à l’heure où aujourd’hui, la pression est surtout mise sur les délais de production
En permettant à ces jeunes designers de confronter leurs projets, MOST a aussi permis de questionner les liens existant entre design, identité et territoires. Que faut-il faire pour que les spécificités locales du design ne disparaissent pas dans la globalisation, ou que la mondialisation ne mène inévitablement à la standardisation ?
Cultiver une identité propre, une signature forte, favoriser l’émergence d’une sensibilité. C’est ce qui se passe aujourd’hui en France avec des éditeurs comme la Chance, mais aussi en Italie et en Angleterre, même si concernant le design anglais, il est un peu plus difficile de parler de sensibilité commune, le Royaume-Uni étant un tel melting-pot.
Vos dernières collections ambitionnent de créer des ambiances lumineuses au-delà de l’objet lui-même. Pensez qu’aujourd’hui, la fonctionnalité est trop souvent sacrifiée au profit des seuls critères esthétiques ?
Oui. On pense parfois plus à la sculpture de l’objet qu’à sa réelle fonction. Il était temps d’infirmer cette tendance et de réfléchir un peu plus aux effets et aux fonctionnalités que l’on peut créer dans l’espace, au delà de la surface et la forme de l’objet lui-même. Aujourd’hui, le travail de la lumière couvre des champs fantastiques, parce qu’il est quelque chose qui développe vraiment et change rapidement – par la législation gouvernementale, le développement technique et les façons plus justes et efficaces d’éclairer des choses par des jeux d’ombre et de transparence, pour créer des caprices particuliers avec la lumière, mais aussi le processus lui-même de création de ces pièces.
Retrouvez l’article dans le magazine Artravel 45.